Chasseur de cols


Il y a une certaine ivresse à s’élever au-dessus de la mêlée, j’oserais dire de la médiocrité tant il est vrai qu’en gagnant de l’altitude, on gagne en pureté. Cela provient-il de la légèreté de l’air ou de ces litres de sueur dont la pente se charge de nous alléger par tous les moyens? 
Restait à déterminer quels seraient les élus parmi des centaines de cols, d’ascensions, de grimpées. 
Mon choix est parfaitement arbitraire et subjectif. Des coups de cœur que la raison seule ne peut expliquer. 
Ce ne sont pas les plus difficiles, même si une large majorité (70%) des cols les plus durs y sont représentés.  Cet assortiment est le fruit d’une pratique régulière du vélo en montagne depuis une bonne quinzaine d’années. 
D’après monsieur Robert ou madame Larousse, un col est une partie basse de la ligne de crête permettant le passage d’une vallée à une autre. Si certains spécimens ici présents répondent parfaitement à cette définition simple (Tourmalet, Galibier, Aravis), c’est déjà plus embrouillé en ce qui concerne le Ballon d’Alsace ou encore l’Aubisque.  Ca ce complique dangereusement lorsqu’on a affaire à une montée sans issue (le Puy-de-Dôme ou les routes desservant les stations de sports d’hiver). Il serait plus exact de parler de « Grimpée » en ce cas. 
Autre souci majeur : si l’arrivée est clairement établie (en principe, lorsque la route s’incurve, bref lorsqu’on peut s’arrêter de pédaler sans pour autant stopper net), le départ d’un col est bien plus aléatoire. Comment déterminer précisément un début de grimpée?
Les différents ouvrages de référence, bases de données ou tout simplement la classification offerte par les organisateurs du Tour de France proposent des commencements en vertu d’un point de repère évident : croisement de routes, bourgade. Plus rarement en respectant la topographie des lieux. 
Le meilleur exemple est le versant du Tourmalet passant par la Mongie. Le départ « officiel » se situe à Ste Marie de Campan, où l’on quitte la route filant vers Aspin pour s’attaquer au géant. Soit. Cependant, les trois premiers km ne proposent qu’un pourcentage de taupinières, ce n’est qu’à partir de la petite chapelle de Gripp que les choses deviennent sérieuses. Pourquoi ne pas faire démarrer l’ascension de ce point? D’autant que la pente moyenne entre Ste Marie et Gripp n’est pas plus importante que le faux-plat qui nous accompagne depuis Campan. En poussant à l’extrême, on peut aisément imaginer que le départ de tous les  cols se situe au niveau de la mer. 
J’ai donc opté pour un point subjectif de départ qui soit en adéquation avec le col lui-même. Un col soutenu, comme le Tourmalet par exemple, ne peut, ne doit pas inclure des portions trop faciles, en revanche  un col long et peu pentu (Petit St Bernard, Mont Aigoual, Rousset) peut comporter des pentes faciles. 
Reste que la ligne d’arrivée n’est pas aussi évidente qu’il n’y parait. Sans parler des faux-cols (Joux Plane, Izoard, Biche, Aubisque) qui proposent finalement deux sommets, se pose l’épineuse question des arrivées en station. Quel fouillis! 
Comment savoir où situer le point d’arrivée? L’exemple de l’Alpe d’Huez est parlant. Sans revenir sur la question du point de départ qui a permis d’établir deux temps de référence dans le sacro saint Tour de France; la ligne d’arrivée officielle, si elle permet la disposition de l’imposante infrastructure inhérente au Tour de France ne fait preuve d’aucune logique. En effet, après avoir gravi 13km à un pourcentage à peu près régulier, on a droit à un km de plat dans les rues de la station si populaire. Gagner en altitude? A peine. Pourquoi ne pas poursuivre alors sur la route du col de Sarenne quelques hectomètres plus loin, à la sortie du village? Une arrivée cohérente choisirait l’entrée du village, au niveau de la fontaine, là où la pente cesse. Etant donné que cette ascension est la plus mythique de toutes, j’ai tout de même conservé la ligne d’arrivée du Tour de France (attention cependant à ne pas se perdre dans les dédales des nombreuses ruelles).
Enfin, il y a ce que j’appellerais les cols à appendice. Parfois cela n’a que peu d’importance et surtout aucune continuité (rajouter un morceau de la Route des Crêtes après avoir grimpé le col de la Schlucht, poursuivre vers le col de Merdassier au-delà de la Croix-Fry ou encore finir à Balestas après avoir avalé Peyresourde) mais dans certains cas, cela équivaut à disposer la cerise sur le gâteau. Ainsi, Hautacam se rehausse d’un bon kilomètre dans des proportions égales au pourcentage moyen; le Turini se renforce de 4km supplémentaires et suffisamment  pentus pour atteindre Authion et Menté gagne 2 bons km vers le Mourtis. Bien entendu, nous n’irons pas user nos pneus sur des chemins de cailloux pour grimper au signal de Lure bien tentant ni même de continuer vers le Pic du Midi après avoir terrassé le Tourmalet.

Concernant les cols, il y a forcément deux faces, deux versants. Comme aime à le préciser  avec malice Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France dans les années 70,  le versant le plus dur est toujours celui qu’on gravit, il faut reconnaitre que les cols sont bien souvent bancals, proposant une face difficile et l’autre d’une simplicité de vélo à roulettes, un côté somptueux fait de magnifiques paysages quand l’autre est noyé sous un couvert d’arbres. Enfin, ne laissons pas de côté l’arbitraire des goûts de chacun : on trouvera toujours quelqu’un qui apprécie le versant que l’on exècre. Pourtant, dans cette liste des 50, je n’ai pu me résoudre à trancher concernant 5 cols  (Ventoux, Tourmalet, Ballon d’Alsace, la Bonnette et le Turini). J’en propose donc les deux versants sans distinction aucune, juste une infime préférence pour celui qui sera mis en premier. 
En conséquence, voici ma liste non exhaustive et forcément arbitraire où la difficulté et le côté sportif ne font pas oublier les panoramas sublimes et les virages à donner le vertige car, après tout, cela est et doit rester un  plaisir. 

Velo

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