Bienvenue sur les pentes des plus beaux cols de France
Chasseur de cols, voici ma collection.
Chaque grimpée est ordonnée par préférence et propose sa Carte d'Identité (altitude, difficulté, pourcentage, longueur, dénivelé, temps, point de départ).
Une trentaine de circuits remis à jour régulièrement permettent de se frotter aux Géants de la Montagne.
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Le TOUR 2026 : réflexions
Samedi 18.
Mercredi, l'étape bourguignonne fut le théâtre d'un nouveau record, bien peu glorieux. L'enthousiasme des commentateurs (mais n'y avait-il pas un ersatz de second degré?) ne peut cacher cette vérité glaçante : le peloton va de plus en plus vite. Quasiment 51 km/h pour une étape de plaine, peut-être bien vent de dos, battant ainsi le précédent record qui datait de... 1999. Soit l'époque la plus honteuse du cyclisme, marquée par le premier succès dans la grande boucle du tristement célèbre Lance Armstrong.
Il n'y a donc pas de quoi être fier et proclamer ces dérives motocyclistes comme les étendards de la force des jarrets. Pire, hier : un col, pas un géant, mais le Ballon d'Alsace au programme quand même, n'a pas fait descendre le thermomètre de cette fièvre. Plus de 50 km/h. Ca fait peur. Parce que le spectre du dopage organisé plane sur le peloton.
Dopage chimique peut-être, en réalité une optimisation des performances certaine. Rien n'est laissé au hasard. Ca commence par l'oreillette, qui permet d'ajuster la stratégie de course en temps réel – ou répondre aux ordres du directeur sportif, tout puissant à l'abri de sa grosse berline.
On parle de la longueur des manivelles : les raccourcir permet de gagner en puissance. Mais, c'est justement cette puissance qui est nuisible. Les watts prédominent. Bientôt, un logarithme pourra dicter sa loi : tu roules à tel rythme sur telle portion, tu récupères ici, tu t'hydrates là, tu accélères...
Bref, des pantins dirigés par des sponsors qui ont des intérêts un peu partout (médias, énergie, banque, finance). Car, on l'a bien compris, à l'image de la caravane du Tour depuis que les organisateurs ont renoncé aux équipes nationales, tout n'est qu'une question de gros sous.
Des machines de toutes les couleurs (enfin, couleurs : certains maillots ne sont pas des œuvres d'art, je pense au triste Cofidis, si joli il y a encore deux ans) taillées pour aller le plus vite possible, au rendement comptabilisé, point par point, par l'Uci. Avec, à la clé, l'exposition des marques mais surtout la possibilité de tester des « produits » : les vélos et tout ce qui gravite autour (accessoires, produits nutritifs) pour mieux les fourguer au cycliste du Dimanche. Mais qu'il ne soit pas dupe : même en mangeant comme Pogacar, en ayant les mêmes manivelles que Vingegaard, en arborant la tenue aérodynamique de Seixas et les dernières trouvailles techniques de petits bolides à 6000 euros l'unité, le cousin Nanard n'ira pas plus vite que son ombre. Attendez, ça me rappelle quelque chose : les grands prix de Formule 1.
Aujourd'hui, le grand show (chaud?) Vosgien. Espérons que les coureurs ne battent pas de nouveaux records, les ballons sont si beaux... en flânant.
Jeudi 16,
Bien entendu, Mardi au Lioran, c'était encore un numéro du Pogashow. Rien à redire, si ce n'est la mine désabusée de Vingegaard à l'arrivée : il n'y crois plus. Serait-ce à dire que, jusque là, il ne courait, lui, pas pour la seconde place? Les commentateurs commencent à me les b... menu! Quand ce n'est pas du chauvinisme de bas étage, ils font tous les efforts du monde pour relativiser la supériorité arrogante du slovène. Puisqu'ils ont (enfin) compris que cela ne servait à rien, voilà qu'ils parlent de Seixas.
Et j'entends des âneries (pourquoi ânerie, c'est un animal bien plus intelligent qu'un reporter du tour) du style "dans 2 ans, c'est Pogacar qui devra combler le trou", comme il l'a fait en 2 km dans le col du Pertus sur le pauvre Carapaz.
Ou bien, encore plus fort "c'est inouï ce que fait le français, à 19 ans! On n'a jamais vu ça". Parce qu'il a finit 3ème??? En faisant rouler Prodhomme (avec un O) dans le Pas de Peyrol (pourquoi?). S'il en avait mis une, juste avant que Pogacar s'aperçoive que Del Toro ne pourrait suivre et qu'il aurait réglé tout le monde, je dis bien TOUT le monde, Tadej compris, alors là, ok, on pourrait dire : bravo!
Mais on est loin de tout ça et c'est grandement manquer de respect à Virenque et ses doigts levés vers le ciel, les victoires au sprint puis le maillot à pois de Jalabert, Luc Leblanc en arc en ciel et les tuniques Jaunes d'Alaphilippe et Voeckler (epeut-on l'excuser de n'en rien dire par excès de modestie).
Quand Seixas sera sur la plus haute marche sur les Champs Elysées, on pourra enfin proclamer, haut et fort et sans rougir : on n'a jamais vu ça depuis les 8 secondes de Fignon.
Alors qu'un Norvégien au nom égratigné (Wouarscholde) pousse son mètre quatre vingt quinze et qu'il est bien capable de réitérer la prouesse en Bourgogne, je viens de découvrir Baptiste Veistroffer, élu meilleur combatif de la première semaine.
Chez tout homme, il y a le personnage public, ses talents, son charisme, sex excploits et aussi l'humain, l'homme de tous les jours. Parfois, même souvent, il y a un bon décalage entre les exploits et l'humain. Baptiste est un mec bien qu'on a envie de connaître et pas seulement d'applaudir...
Mardi 14,
Début de seconde semaine, après une brochette de sprints et une étape casse-pates 100% Corrèzienne où le "petit fils" rend hommage à son pépé - à deux pas de St Léonard... Au Lioran, 3 scenari sont possibles :
1) l'échappée consistante (Veistroffer, Healy, Guernalec, Gee-West, Vauquelin, Plapp, Van Baarle, un Caja Rural et l'inévitable Quinn Simons) vont au bout avec la victoire de Ben Healy
2) les fuyards sont repris dans le Pertus (le Puy Mary est gravit par sa face la plus roulante) et l'explication finale est favorable à Pogacar.
3) une vraie course débridée comme on les aime, à partir de la Griffoul (km 97), avec attaques tout azimut : Evenepoel/Lipowitz, Ayuso/Skjelmose, Bernal/Vauquelin, Carapaz/Baudin (pour l'étape uniquement)
J'espère le n°3, je crains le n°2 et me résouds au n°1.
Samedi 11,
Ah, Cyrille Guimard...
Philosophiquement, je ne peux cautionner cette assertion, partagée par le Blaireau : "quand tu viens, c'est pour gagner, pas pour faire 2".
L'idée même de compétition me rebute au plus haut point. Ou bien, pour de "faux", comme quand les gamins jouent aux cowboys et aux indiens.
En revanche, d'un point de vue pragmatique, il a tout juste. Cela est corroboré par la triste vérité dite par Voeckler hier, après l'échappée solitaire du français. "Veistroffer n'est pas le seul à vouloir partir. Ils sont au moins 40 mais on ne leur PERMET PAS"...
Tout est optimisé dans le vélo moderne. Les watts et les tactiques de course. Si hier était une étape de "transition" pour recharger les batteries en vue du carnage annoncé d'aujourd'hui, les équipiers n'avaient qu'un droit : aider leur sprinter et rester bien au chaud (pour être au chaud : aucune difficulté!)
Et les watts, c'est pareil. C'est, du reste, l'unique différence entre Merckx et Pogacar. Pourquoi part-il seul à 50 ou 80 km de l'arrivée, c'est parce qu'il roule comme lors d'un CLM. Il se calque sur ses watts et gère sa course. Il ne "sent" pas la course, il se "sent" lui-même et ajuste son coup de pédale en fonction. On verra ça au Tourmalet et au col de Tentes cette après midi. Depuis leur numéro lors de la deuxième étape, j'ai changé mon top5 à Paris. Pogacar, Del Toro, Vingegaard et Seixas. Doublé comme en 2019, 2012, 1996... et le légendaire 1986!
En conclusion, d'accord à 100% avec Guimard quand il parle de SEIXAS, produit de consommation, pour doper l'audience (déjà l'an dernier, j'avais fait remarquer la tendance à minimiser les performances de Tadej par les commentateurs pour ne pas tuer le suspens, ainsi Jalabert, sans y croire une seconde alors que Poga, 4 min d'avance, se contente de suivre Vingegaard "Hou la, attaque de Jonas, Pogacar est seul, sans équipier, il ne peut suivre... enfin, si, mais il est à la peine"... A la peine? C'était Jonas qui grimaçait et Tadej semblait se fendre la gueule).
Finir second du tour, c'est inespéré pour un Vauquelin, Lipowitz, Grégoire.
Finir second pour Froome quand Wiggins gagne ou Ullrich quand Riis l'emporte, c'est du gâchis.
Là où je ne rejoins pas forcément le cynisme de Guimard sur ce cyclime 2.0 où le moindre détail est optimisé, calculé par ordinateur - bientôt par l'A.I., c'est que je ne suis pas convaincu du potentiel hors norme du petit Paul. Capable de suivre Pogacar, de passer Vingegaard, oui. Maintenant, devenir un quintuple vainqueur... C'est autre chose. Quelque chose que le Slovène tient dans sa main. Il lui reste quand même une douzaine d'étapes à remporter pour égaler Merckx et, certainement, il n'aura jamais "la" Légende du Cannibale. Reste que Pogacar est un Monsieur. Peut-être capable de s'extirper de cette barrière naturelle des 5 tours... Moi, je l'aime bien, Pogi. Il me déplairait au plus haut point d'apprendre de cruelles révélations sur ses capacités hors normes...
Pour revenir à Seixas, voici l'autre problème, plus grave celui-là. Ok, je veux bien qu'à 19 ans, il ne se 'crame" pas physiquement en participant à la plus grande course au monde.
Mais psychologiquement? S'il souffre du complexe Pinot, il va être mal. Pinot, c'est simple, dans les années 15/20, il était capable d'aller chercher des podiums, de remporter le giro ou la vuelta - mais on l'a vu flancher, fléchir au moment où il était en mesure de faire quelque chose. La pression médiatique. La pression tout court. Devenir star, alors qu'il ne fait que pédaler...
Là, c'est pire : quoiqu'il fasse, Seixas va faire la une, on va en parler. Ca fait beaucoup pour un presque ado encore.
Si j'étais boss de l'équipe, j'aurais aligné Paul au Dauphiné... puis à la Vuelta (avec un peu de chance, sans Pogacar). Gagner une vuelta donne moins d'exposition que le tour et permet d'apprendre tout en se faisant un palmarès. Et, en 2027, il revient au Tour avec un Vingegaard déjà vieux et un Pogacar encore fringuant, mais "prenable".
Vers la Brèche de Rolland cette après midi, le Pogashow en panoramique - peut-être même les hostilités déclenchées sur les pentes surchauffées du Tourmalet. Derrière, l'écrémage : Jonas, Richard, Paul et Tobias.